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05.12.2025

Énergie solaire pour établissements vulnérables

Énergie solaire pour établissements vulnérables

Depuis quelques semaines, Green Cross Switzerland (GCCH) reçoit de plus en plus de demandes de soutien pour la mise en place de systèmes solaires dans les régions proches du front, notamment dans les oblasts de Soumy, Kharkiv et Tchernihiv. Ces demandes proviennent d’établissements médicaux, d’écoles et de jardins d’enfants, qui doivent souvent faire face à des coupures d’électricité pouvant durer jusqu’à 19 heures.

Nous souhaitons vous montrer, à travers l’exemple du jardin d’enfants « Lisova Kazka » (« Le Conte de la forêt ») à Tchernihiv, à quel point le soutien de GCCH peut transformer la situation de telles structures.

Au fil de la guerre en Ukraine, la question d’un approvisionnement indépendant en électricité est devenue cruciale. Les fréquentes coupures de courant représentent un défi particulier pour les jardins d’enfants tels que « Lisova Kazka », car les enfants sont particulièrement sensibles aux horreurs de la guerre et dépendent encore davantage que les adultes de la chaleur et de la lumière. Il est essentiel qu’ils puissent se sentir en sécurité.

C’est pourquoi nous avons installé dans ce jardin d’enfants une centrale solaire d’une puissance de 50 kW. Elle bénéficie désormais à quelque 250 enfants âgés de deux à six ans, ainsi qu’à 30 éducatrices et éducateurs et 37 autres membres du personnel. La dépendance au réseau électrique central a ainsi été fortement réduite. Tant que le réseau électrique fonctionne, les batteries également installées sur place peuvent être rechargées aussi bien avec de l’énergie solaire que l’électricité  du réseau. Le jardin d’enfants dispose donc de deux moyens pour surmonter les coupures de courant.

Pourquoi GCCH a-t-il choisi de soutenir précisément ce jardin d’enfants?

La ville de Tchernihiv subit des bombardements constants. Les coupures d’électricité pouvant durer jusqu’à 12 heures y sont actuellement monnaie courante. La région du même nom, déjà très pauvre, portait les stigmates de la catastrophe de Tchernobyl bien avant la guerre. Elle constitue donc l’un des axes prioritaires de notre engagement.

Le jardin d’enfants accueille en outre des enfants ayant des besoins particuliers, souvent particulièrement affectés par les horreurs de la guerre. Ils sont encadrés dans un groupe qui leur est spécialement consacré. Des groupes spécialisés sont de plus dédiés aux enfants souffrant de troubles du langage. En raison des alertes aériennes, les enfants doivent souvent passer plusieurs heures dans des abris. Grâce à la nouvelle solution énergétique renouvelable, ils peuvent désormais le faire avec moins d’appréhension.

Le jardin d’enfants a été endommagé au cours des combats. Grâce au soutien des autorités éducatives et de plusieurs organisations humanitaires, dont GCCH, d’importants travaux de reconstruction ont pu être réalisés : remplacement des fenêtres, modernisation du système de chauffage, rénovation des salles de groupe, aménagement d’abris et installation d’une nouvelle aire de jeux.

L’installation du système solaire doté d’un dispositif de stockage d’éléctricité constituait la prochaine étape logique vers une plus grande autonomie énergétique, une sécurité renforcée et un développement durable. Aujourd’hui, le jardin d’enfants peut fonctionner sans interruption et offrir aux enfants chaleur, lumière, repas équilibrés et un environnement d’apprentissage stable – même lors de coupures de courant.

Pour la directrice, Nataliia Prymakova, cette solution apporte « la certitude que, même dans les moments les plus difficiles, nous pouvons continuer à être présents pour nos enfants. L’énergie solaire est une source de vie pure : elle offre à nos enfants lumière, sécurité et espoir. »

Par ailleurs, ce projet contribue à renforcer la sensibilisation environnementale au sein de la communauté et permet aux enfants d’acquérir très tôt une compréhension de l’importance des énergies renouvelables.

Face à l’urgence croissante, nous souhaitons aujourd’hui intensifier notre action et équiper d’autres établissements vulnérables situés dans les régions proches du front de solutions énergétiques renouvelables. En cette période de Noël et au cœur d’un hiver une fois de plus très rigoureux, la solidarité de philanthropes comme vous devient une lueur d’espoir précieuse – un véritable cadeau pour la population ukrainienne.

27.11.2025

Reforestation à Koriukivka

Reforestation à Koriukivka

La région de Tchernihiv est l’une des plus pauvres d’Ukraine, notamment en raison des répercussions durables de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. La guerre actuelle pèse encore davantage sur ce territoire, notamment en raison des tirs de missiles et des coupures d’électricité fréquentes. C’est pourquoi cette région se trouve au cœur des activités de Green Cross Switzerland (GCCH).

Beaucoup ignorent à quel point la guerre affecte les écosystèmes et le climat, causant d’importants dommages environnementaux. De vastes zones forestières, par exemple, ont été gravement endommagées ou détruites. Le reboisement peut jouer un rôle essentiel dans la restauration de la nature — et pas seulement dans le contexte de la guerre. Même avant celle-ci, la part du territoire ukrainien couverte de forêts était relativement (trop) faible en comparaison internationale. La Suisse, par exemple, présente une proportion de territoire boisé environ deux fois plus élevée que celle de l’Ukraine.

En octobre 2025, GCCH a donc lancé un projet de reboisement dans la commune de Koriukivka, dans la région de Tchernihiv. Sur une surface de 17 hectares — l’équivalent d’environ 24 terrains de football — 100 000 jeunes arbres seront plantés afin de restaurer les zones forestières dégradées et de revitaliser l’écosystème local.

Cette plantation est menée en coopération avec la commune et s’inscrit dans une initiative de long terme : l’objectif n’est pas seulement de créer de nouvelles zones boisées, mais aussi de promouvoir d’autres projets environnementaux et sociaux contribuant au développement durable de la commune. Elle vise également à renforcer la conscience de la responsabilité environnementale.

Cette sensibilisation revêt une importance particulière pour les enfants et les adolescents. Dans le cadre du projet de reboisement, ils reçoivent des gourdes réutilisables, des casquettes, des badges, des carnets et des stylos fabriqués à partir de matériaux recyclés. Ces objets les sensibilisent au respect de l’environnement et rappellent que même les plus petites contributions à la restauration et à la régénération de la nature ont une valeur immense.

Des enseignant·e·s, des bénévoles et des résident·e·s participent également à l’initiative. « C’est merveilleux de voir comment de petits plants deviendront un jour une grande forêt », explique une enseignante. Une habitante partage cet optimisme : « Nous avons traversé des moments difficiles, mais nous voyons la nature se rétablir avec nous. »

Le maire de Koriukivka, Ratan Akhmedov, souligne lui aussi l’importance du projet : « Pour notre commune, il ne s’agit pas seulement d’une initiative écologique, mais également d’un symbole de renouveau et de confiance en l’avenir. »

Sources et articles pour approfondir le sujet :

13.10.2025

L’histoire de Phuong

L’histoire de Phuong

Un partenaire de projet exceptionnel

Aujourd’hui, nous souhaitons partager avec vous l’histoire d’une victime de l’agent orange qui, malgré des circonstances extrêmement difficiles, a su maîtriser sa vie avec succès.

Nguyen Ngoc Phuong est né le 6 avril 1981 dans le village de Chau Son 1, commune de Que An, près de la montagne Duong La, dans la province de Quang Nam.

Il est venu au monde après moins de sept mois de grossesse, ne pesant que 800 grammes pour moins de 20 centimètres – à peine un quart du poids d’un nouveau-né moyen et moins de la moitié de sa taille.

Phuong a grandi sur une colline, entouré d’une végétation dense et sombre. Tandis que les autres enfants allaient à l’école, il tombait souvent malade. Sa très petite taille à la naissance et sa santé fragile l’empêchaient d’apprendre. Certains parents interdisaient même à leurs enfants de jouer avec lui – avec ce garçon qui passait ses journées entre quatre murs.

À l’époque, personne ne comprenait la cause de son handicap. Certains y voyaient une malédiction : les parents de Phuong auraient, pensait-on, à expier les fautes d’ancêtres dans une vie antérieure. Rejet par la communauté et désespoir accompagnaient la famille au quotidien.

En 1987, sa sœur cadette, Nguyen Thi Hieu, vint au monde – elle aussi avec un handicap. La famille vivait dans une grande pauvreté. Mais malgré leur souffrance et contrairement à d’autres parents qui rejetaient leurs enfants handicapés, les parents de Phuong et de Thi Hieu étaient déterminés à tout faire pour permettre à leurs enfants de bénéficier d’un traitement.

Vers l’âge de 9 ou 10 ans, Phuong, incapable de dormir la nuit, entendait sa mère tousser sans répit. Il éprouvait pour elle une immense compassion. Un jour, d’anciens camarades de son père vinrent leur rendre visite et lui dirent : « Tu as été exposé à l’agent orange. C’est pour cela que tes enfants sont handicapés. »

À cet instant, Phuong voulut mourir pour mettre fin à la souffrance de sa mère. Mais il savait aussi qu’il ne pouvait pas l’abandonner – elle qui l’avait aimé et protégé depuis toujours.

À 11 ans, il prit une décision : quitter son village, devenir indépendant et changer de vie.

Le chemin vers l’autonomie

L’amour de ses parents, mais aussi le rejet et la douleur, donnèrent à Phuong la force de partir pour la ville afin d’y apprendre un métier.

À cause de sa petite taille, personne ne voulait d’abord l’accepter. Alors il observa attentivement comment on rechargeait les briquets dans les stations-service. Avec l’argent reçu pour le Nouvel An lunaire, il s’acheta quelques outils et un briquet vide, puis commença à recharger ceux de ses voisins et de son père.

Adolescent, il suivit une formation d’horloger.

Vers 19 ou 20 ans, il partit à Hô Chi Minh-Ville pour apprendre l’électronique dans un atelier. En le voyant arriver soigneusement vêtu, son futur chef plaisanta : « Chérie, regarde, un extraterrestre vient demander à être apprenti. Tu crois qu’on devrait le prendre ? »

Après une période d’essai, l’homme lui remit douze boîtes pleines de vis à trier. Phuong les tria avec soin. Impressionné, son maître lui dit : « Ce dont j’ai besoin, c’est de ta tête, pas du reste. » Il lui proposa alors une formation, avec le même salaire que tous les autres. Phuong resta dix ans à ses côtés.

Aujourd’hui, malgré les obstacles, grâce à sa détermination et à sa persévérance, Phuong est devenu enseignant. Il transmet son savoir et accompagne des dizaines d’enfants qui, comme lui, ont connu la souffrance et l’exclusion.

Une vie empreinte de courage

La vie et la volonté inébranlable de Nguyen Ngoc Phuong et de sa sœur, Nguyen Thi Hieu, illustrent de manière bouleversante comment, même dans les circonstances les plus dures, il est possible de trouver la force d’espérer et d’avancer.

Phuong s’occupe aujourd’hui de victimes de l’agent orange, ainsi que d’enfants et d’adolescents défavorisés, dans un centre de jour à Da Nang. Ce centre, soutenu par Green Cross Switzerland et géré par la DAVA (« Da Nang Association for Victims of Agent Orange »), est un lieu d’accueil, d’apprentissage et d’espoir situé dans la ville de Da Nang.

Tout le monde n’a pas sa force – c’est là que nous intervenons !

Le parcours exceptionnel de Phuong n’aurait pas été possible pour beaucoup d’autres personnes dans une situation similaire. Il n’a réussi à s’en sortir que grâce à sa volonté, à son intelligence et à l’amour indéfectible de ses parents.

Mais beaucoup d’autres victimes de l’agent orange attendent encore, souvent en vain, une aide qui ne vient pas, et voient leur vie basculer dans la détresse. Depuis plus de 25 ans, Green Cross Switzerland s’engage au Vietnam pour que ces personnes ne soient pas oubliées et reçoivent le soutien qu’elles méritent. Grâce à la solidarité de nos donatrices et donateurs, nous pouvons, ensemble, transformer durablement des vies.

La photo illustrant cet article a été prise par Roland Schmid.

10.10.2025

Journée mondiale de la santé mentale

Journée mondiale de la santé mentale

Aujourd’hui, le 10 octobre, nous célébrons la 34ᵉ Journée mondiale de la santé mentale (« World Mental Health Day »). Cette journée a été inaugurée pour la première fois en 1992 à l’initiative de la Fédération mondiale pour la santé mentale (« World Federation for Mental Health »), une organisation globale qui compte des membres et des contacts présents dans plus de 150 pays.

Pour Green Cross Switzerland (GCCH), c’est l’occasion de souligner la gravité de la situation psychique dans le monde et de rappeler notre engagement dans ce domaine. On peut raisonnablement penser que, ces dernières années, l’état mental de l’humanité dans son ensemble ne s’est pas amélioré, voire s’est détérioré. Les raisons en sont nombreuses. Il est essentiel de relever le constat douloureux que les jeunes sont particulièrement exposés aux souffrances psychiques : selon l’UNICEF, les conséquences de la guerre et de la violence sur les enfants à travers le monde ont atteint une ampleur jamais vue.

En particulier dans les pays et régions moins favorisés, là où des organisations comme GCCH interviennent, des millions de personnes qui auraient besoin d’un soutien psychologique espèrent, souvent en vain, de l’aide. Un moteur important de cette souffrance mentale est constitué par les nombreuses catastrophes causées par l’homme — que ce soient des crises actuelles comme la guerre en Ukraine ou des événements plus anciens comme le grave accident nucléaire de Tchernobyl (1986) ou la guerre du Vietnam (1955-75). Hélas, ces derniers continuent, des décennies après, de produire des séquelles graves et très actuelles. GCCH s’efforce d’apporter sa contribution maximale dans la gestion de ces traumatismes.

Notre programme de soutien psychologique en Ukraine a été lancé début 2024. Pensé pour durer, il est en cours d’expansion continue. Actuellement (octobre 2025), plus de 1000 personnes bénéficient déjà d’un accompagnement sur quatre sites différents. Il s’agit majoritairement d’enfants et d’adolescents — conformément à la réalité que ce sont eux qui sont les plus vulnérables au stress psychologique et aux traumatismes psychiques induits par les horreurs de la guerre.

Nous souhaitons illustrer l’urgence d’un soutien et ce qu’il peut apporter aux personnes concernées à l’aide de plusieurs exemples :

  • Kherson : Un garçon de huit ans, qui recevait un soutien psychologique, se mettait à pleurer sans raison apparente, que ce soit en jouant ou pendant une séance de thérapie. Interrogé « Qu’est-ce qui se passe ? », il répondait : « Nous allons tous mourir, ils veulent nous tuer. » Ensuite, dans un cadre sécurisé, il a été pris en charge individuellement. Il a appris à faire face à ses peurs. Peu à peu, la peur s’est atténuée. Le garçon a recommencé à sourire et réagit désormais avec plus de calme aux bruits forts.
  • Nowhoord-Siwerskyj : Tatiana, 62 ans, a sollicité notre psychologue. Il y a six mois, son gendre est mort à la guerre, et elle ne savait comment aider sa fille et son petit-fils de cinq ans à surmonter ce deuil. Grâce au suivi psychologique, Tatiana a pu laisser s’exprimer la peine de sa fille et de son petit-fils, leur donner la place pour leur chagrin. Elle a appris à évoquer le défunt, à surmonter la peur d’en parler et à instaurer des rituels de mémoire. Sa fille, elle aussi, a été accompagnée par la psychologue. Progressivement, la famille a mieux intégré la perte et se souvient de l’être disparu avec amour.
  • Tchernihiv : Une fillette de cinq ans, avec son frère et sa mère, a dû quitter son foyer. Dans son nouveau jardin d’enfants, elle ne voulait, au début, ni parler, ni jouer, ni manger. Le manque de son père, resté dans leur ancienne maison, la rongeait. Lentement, avec le soutien d’adultes, d’une psychologue et de nouvelles amitiés, elle a recommencé à sourire et à retrouver goût à la vie. Aujourd’hui, elle participe avec enthousiasme aux séances de groupe, s’exprime davantage et apprend, à travers des activités créatives, à gérer ses émotions.

Des informations supplémentaires sur notre programme de soutien psychologique en Ukraine sont disponibles ici.

Dans la province de Quang Tri, au Vietnam, nous accompagnons des personnes en situation de handicap (« Persons with Disabilities », PWD). Leurs handicaps trouvent leurs origines dans l’utilisation de l’agent orange et d’autres séquelles tardives de la guerre du Vietnam, comme des bombes ou mines non explosées dans le sol. À Quang Tri, ces conséquences sont particulièrement marquées. En raison de facteurs physiques, psychologiques et sociaux, ces personnes subissent un risque accru de souffrances mentales. Tragiquement, elles ont souvent un accès plus limité au soutien psychologique que d’autres groupes de la population.

Tous ces facteurs se conjuguent et affectent le bien-être mental des PWD, qui subissent souvent stress chronique, anxiété et tristesse persistante.

Comme en Ukraine, il est essentiel de détecter tôt les facteurs de risque de troubles psychiques et de mettre en place des mesures adaptées. Cela peut contribuer à améliorer l’état de santé général, à éviter des séquelles à long terme et à alléger la charge sur les systèmes de santé.

De nombreuses personnes concernées vivent dans la peur, se sentent socialement isolés, manquent de confiance en elles. À ces défis s’ajoutent, dans la société, des idées fausses et des préjugés largement répandus concernant les handicaps et la santé mentale. Par exemple, il est encore fréquent de croire que les personnes ayant un handicap mental ou souffrant de troubles psychiques sont « folles », ce qui peut les amener à se replier pour éviter la stigmatisation.

Le coût financier constitue un autre obstacle majeur : traitement, médicaments, rééducation, transports ou simplement subsistance coûtent cher. De plus, les connaissances et compétences nécessaires pour prodiguer des soins efficaces font souvent défaut.

Afin d’apporter un soulagement indispensable, depuis fin 2024 nous collaborons avec notre organisation partenaire ACDC (« Action to the Community Development Institute »). Le projet comprend un ensemble de mesures concrètes.

Formations : les professionnelles et professionnels locaux de la santé, certains étant eux-mêmes des PWD, acquièrent une connaissance approfondie de la santé mentale et des besoins psychologiques spécifiques des PWD. Ils développent les compétences nécessaires pour soutenir psychologiquement et conseiller les personnes concernées. Par ailleurs, ils apprennent à utiliser des outils de dépistage afin d’identifier les personnes en situation de handicap et leurs proches susceptibles de souffrir de troubles psychiques. Enfin, les participant·e·s sont formé·e·s pour mener des séances de groupe destinées à la promotion et au soutien des PWD. Le conseil par les pairs est particulièrement précieux, car les personnes personnellement concernées sont souvent plus à même de comprendre la situation des personnes en situation de handicap.

Collaboration élargie : de nombreux partenaires sont engagés dans ce projet : le ministère de la santé de la province, l’organisation provinciale pour les PWD, l’hôpital général, le centre provincial de contrôle des maladies, les centres de santé de district dans la zone d’intervention, un groupe multidisciplinaire de soutien à la santé mentale, ainsi que des expert·e·s en psychologie.

Dépistage et évaluation des troubles psychiques chez les personnes en situation de handicap et leurs familles : les PWD et leurs proches sont examinés par des professionnel·l·e·s formé·e·s pour repérer les troubles psychiques, d’abord via un dépistage initial (niveau 1), puis un dépistage plus approfondi (niveau 2). Les informations recueillies permettent d’affiner le soutien psychologique à offrir.

Conseil et soutien : au sein de groupes d’entraide animés par les professionnel·le·s formé·e·s, les personnes concernées échangent dans un cadre sécurisé sur leurs vécus et les défis du quotidien. On les sensibilise à l’importance de la santé mentale, on les encourage à exprimer leurs émotions, à mieux y faire face, à réduire le stress, à améliorer leur communication et à entretenir des contacts sociaux. Par ailleurs, des stratégies permettant de surmonter les difficultés qui leur sont propres sont élaborées. En cas de maladies psychiques sévères, un accès aux structures spécialisées est assuré.

Actions de sensibilisation auprès du public : par des événements destinés aux PWD, à leurs familles et au grand public, nous visons à informer largement sur la santé mentale des personnes en situation de handicap. Un premier événement est prévu pour fin octobre 2025. Ces événements visent à transmettre les connaissances de base en santé mentale et en entraide. Par ailleurs, ils offrent des possibilités d’interaction, d’échanges d’expériences, d’encouragement mutuel et d’accompagnement émotionnel, ce qui renforce la cohésion sociale et les réseaux de soutien.

Résultats & chiffres des projets GCCH dans le domaine du soutien psychologique (état : fin septembre 2025) :

Ukraine (depuis début 2024) :

  • Site de Tchernihiv : accompagnement psychologique de 488 enfants
  • Site de Kherson : accompagnement psychologique de 16 enfants
  • Site de Sosnyzja : accompagnement psychologique de 160 enfants
  • Site de Nowhorod-Siwerskyi : thérapie de groupe avec 122 adolescents et 228 adultes, thérapie individuelle avec 5 enfants, 21 adolescents et 58 adultes

Vietnam (depuis fin 2024) :

  • Fin 2024-début 2025 : dans un cours « Training of Trainers », quatre personnes handicapées ont été formées comme conseillères et conseillers entre pairs. Grâce à cela, dans les années et décennies à venir, elles pourront soutenir d’autres personnes concernées de façon efficace. Grâce au conseil par les pairs qui a suivi, 20 personnes ont bénéficié d’un soutien individuel. Le contact est maintenu afin d’apporter une aide en cas de questions ou problèmes.
  • 2025 (en cours) : conseil des pairs au sein de groupes d’entraide et individuel avec jusqu’ici 58 personnes
  • Mai 2025 : réunion de coordination entre les acteurs du système de santé cités plus haut en vue de l’adoption du plan de mise en œuvre du projet
  • Juillet/Août 2025 : deux formations successives rassemblant 70 participant·e·s, incluant des conseiller·ère·s pairs (PWD), des auxiliaires de santé villageois, et des représentant·e·s du groupe multidisciplinaire de soutien à la santé mentale (centre provincial de contrôle des maladies, hôpital provincial, université de médecine, associations villageoises de santé, école pour enfants handicapés).
  • Septembre 2025 : dépistage détaillé des troubles psychiques chez 90 PWD et leurs familles. Sur cette base, un manuel de soutien psychologique devrait être achevé en novembre 2025.

Sources principales :

10.08.2025

Journée commémorative de l’Agent Orange

Journée commémorative de l’Agent Orange

Action de distribution à l’occasion de la Journée commémorative de l’Agent Orange – soutien aux personnes vulnérables dans la province de Đắk Lắk (sud du Vietnam)

Le 10 août, le Vietnam a de nouveau observé la Journée commémorative de l’Agent Orange, un moment de solidarité envers ceux et celles qui souffrent encore aujourd’hui des conséquences durables de l’utilisation d’armes chimiques durant la guerre du Vietnam.

L’Agent Orange, un défoliant hautement toxique, a été massivement pulvérisé entre 1965 et 1970. Ses effets persistent encore de nos jours : maladies graves et chroniques, handicaps physiques et mentaux, malformations congénitales – souvent transmis de génération en génération.

Dans les zones rurales, de nombreuses familles sont touchées, notamment dans la commune de Xã Ea Kly, dans la province de Đắk Lắk dans le sud du Vietnam. La plupart vivent dans des conditions économiques précaires. Souvent, elles ne disposent pas de sources de revenus stables, souffrent d’un accès limité aux soins médicaux, et la prise en charge de leurs proches affectés mobilise toutes leurs ressources.

Le Charity Project Krong Buk (CPKB), partenaire humanitaire de Green Cross Switzerland (GCCH) au Vietnam, s’est donné pour mission d’apporter une aide concrète sur le terrain avec notre concours. À l’occasion de la Journée commémorative, 150 familles victimes avérées des effets à long terme de l’Agent Orange ont reçu des colis alimentaires dont elles avaient urgemment besoin.

Chaque colis contenait des denrées alimentaires de base telles que riz, nouilles, huile de cuisson, sauce de poisson et haricots. Des produits d’hygiène y ont aussi été ajoutés, afin d’apporter un soulagement supplémentaire. La distribution a eu lieu le 8 août dans la maison commune de Xã Ea Kly. Des représentants de l’administration locale ainsi que de la VAVA (Vietnam Association for Victims of Agent Orange) ont accueilli les familles et exprimé leur gratitude aux soutiens du projet.

Pour GCCH, cette journée n’est pas seulement une commémoration, mais une occasion d’agir, de sensibiliser et d’exprimer une solidarité concrète. Elle nous rappelle que le passé a encore des répercussions aujourd’hui et que nous avons le devoir de soutenir les victimes innocentes en détresse.
Par cette initiative, nous visons non seulement à répondre à des besoins pressants, mais aussi à attirer l’attention sur un sujet trop souvent oublié à l’échelle internationale.

Nous remercions chaleureusement l’ensemble des donatrices et donateurs, bénévoles et partenaires qui ont rendu cette aide possible. Leur solidarité démontre qu’au-delà des grandes villes et malgré l’absence de mise en lumière médiatique, la compassion humaine peut accomplir de grandes choses.

Aux côtés du CPKB, GCCH continuera à soutenir les personnes touchées. Une nouvelle initiative est déjà en préparation, toujours dans l’objectif de fournir une aide durable et d’améliorer la qualité de vie sur le long terme.

Nous poursuivons notre engagement pour un avenir où personne ne sera laissé seul face aux conséquences de l’Agent Orange.

Liens complémentaires :
Site internet du Charity Project Krong Buk (en allemand)

Entretien avec notre partenaire de projet et directeur du CPKB, Peter Jenni

12.06.2025

Ukraine : un programme de soutien psychologique à long terme

Ukraine : un programme de soutien psychologique à long terme

Début 2024, Green Cross Switzerland a lancé un projet pilote destiné à offrir un accompagnement psychologique aux personnes touchées par la guerre en Ukraine (en savoir plus ici). Les besoins étaient, et demeurent, immenses. À cette période, bien que de nombreuses écoles maternelles aient rouvert, les conséquences du conflit continuaient de peser lourdement sur la population. Les enfants, en particulier, présentaient de graves troubles psychologiques : anxiété accrue, réactions violentes aux alertes aériennes, signes évidents de surmenage mental.

Premiers pas à Tchernihiv

Le projet a été lancé dans une école maternelle de Tchernihiv qui accueille environ 250 enfants. Sur place, le besoin d’un soutien psychologique s’est immédiatement révélé crucial. Les retours positifs des parents, ainsi que l’ampleur et l’urgence des défis rencontrés, ont confirmé la nécessité d’intensifier notre engagement.

Élargissement du programme : écoles, adolescent·e·s et adultes

Dans un second temps, notre action s’est étendue aux établissements scolaires de Novhorod-Siverskyï, avec un focus particulier sur les adolescent·e·s, particulièrement vulnérables au stress lié à la guerre. Très rapidement, nous avons également été sollicités pour accompagner des adultes. Beaucoup présentaient des symptômes de stress post-traumatique ou souffraient d’une anxiété sévère.

Pour y répondre, nous avons ouvert un espace de consultation psychologique à Novhorod-Siverskyï. Celui-ci propose des entretiens individuels, notamment pour les adultes, ainsi que des séances de groupe régulières destinées aux adolescent·e·s et aux jeunes adultes. Un accompagnement spécifique est également assuré pour les patient·e·s atteint·e·s de cancer.

En mai 2025, un nouveau centre a vu le jour au sein de l’établissement d’éducation et de réadaptation de Sosnyzja. Les enfants en situation de handicap, atteints de troubles du spectre autistique ou ayant d’autres besoins particuliers y sont accueillis dans un environnement sécurisé et adapté à leurs besoins spécifiques.

Un programme inscrit dans la durée

Ce qui n’était à l’origine qu’un projet pilote est devenu un programme de soutien pérenne. Il s’adresse en priorité aux personnes directement affectées par les conséquences de la guerre — notamment les enfants, les adolescent·e·s et les personnes déplacées à l’intérieur du pays. Notre objectif : atténuer le stress psychologique, renforcer le bien-être émotionnel et favoriser l’inclusion sociale.

Face aux besoins persistants, le programme continue de s’étendre. La prochaine étape prévoit l’ouverture d’un centre de consultation psychologique dans la ville portuaire d’Odessa.

L’art-thérapie au cœur de l’approche

Une attention particulière est portée aux méthodes d’art-thérapie. Dans un cadre sécurisé, les enfants peuvent exprimer leurs émotions par des moyens créatifs, les intégrer et ainsi renforcer leur résilience et leur stabilité psychique. Toutes les activités sont encadrées par une équipe interdisciplinaire de psychologues et d’art-thérapeutes, et sont adaptées aux besoins individuels et à l’âge des participant·e·s.

Chiffres clés (situation à fin mai 2025)

  • Tchernihiv : 438 enfants accompagnés psychologiquement
  • Kherson : 16 enfants accompagnés psychologiquement
  • Sosnyzja : 99 enfants accompagnés psychologiquement
  • Novhorod-Siverskyï :
    • Thérapies de groupe : 63 adolescent·e·s et 107 adultes
    • Thérapies individuelles : 4 enfants, 7 adolescent·e·s et 26 adultes

10.04.2025

Interview avec le partenaire de projet Peter Jenni

Interview avec le partenaire de projet Peter Jenni

Son amour pour le Vietnam et ses habitants anime l’action philanthropique de Peter Jenni. Avec son épouse Tran Thi Hiep, ce Suisse, qui vit au Vietnam depuis décembre 2016, a fondé le Charity Project Krong Buk (CPKB). Cette association, basée en Suisse, apporte depuis 2020 un soutien social précieux aux personnes dans le besoin, dont de nombreuses victimes des séquelles de l’utilisation de l’Agent Orange durant la guerre du Vietnam. Beaucoup d’entre elles souffrent de handicaps mentaux ou physiques graves. C’est aussi dans ce domaine que s’inscrit la collaboration avec Green Cross Switerzland (GCCH), en place depuis deux ans. Ce partenariat constitue un complément précieux aux autres projets de GCCH au Vietnam. Le CPKB apporte une aide concrète, de la joie et de l’espoir aux personnes qui ont besoin d’un soutien. Lorsque cela est possible, il ouvre aussi la voie à une amélioration autonome de leurs conditions de vie.

Avec cette interview, nous souhaitons faire mieux connaître Peter Jenni et le travail du CPKB que nous soutenons à nos donatrices et donateurs ainsi qu’à toute personne intéressée. Les questions ont été posées par Samuel Müller-Zwahlen, collaborateur de GCCH et historien.

Cher Peter, qui es-tu ? Comment te décrirais-tu et quel est ton parcours de vie ?
En un mot : je suis un « Seebueb » [« un garçon du lac »]. Ce sont plutôt les autres qui devraient me décrire. Mais je peux dire que je suis un homme avec deux patries. D’un côté, je suis un citoyen suisse convaincu. De l’autre, j’ai choisi de passer la deuxième partie de ma vie au Vietnam, que je considère comme ma seconde patrie.

Pour en revenir au « Seebueb » : je suis né à Zurich-Seebach [nomen est omen !], mais j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de ma jeunesse à Rüschlikon, au bord du lac de Zurich. Cela m’a profondément marqué. À Rüschlikon, il y avait un centre autonome pour les jeunes où j’ai siégé très jeune au comité. Plus tard, je me suis marié et mes deux fils, Marc et Jan, sont nés en 1990 et 1992. Ils ont grandi au bord du lac de Walenstadt, où nous avons vécu pendant plus de 20 ans.

Au Vietnam aussi, j’ai été attiré par l’eau. Je voulais une maison en bord de mer. Cela ne s’est pas fait pour deux raisons : d’une part, vivre en bord de mer est très coûteux, d’autre part, j’avais des réserves liées au changement climatique, notamment à la montée du niveau de la mer et à la fréquence accrue des tempêtes. À Nha Trang, la ville côtière où j’ai d’abord habité, j’ai vécu une telle tempête et j’en ai conclu que ce n’était pas une option pour moi. Puis ma femme a trouvé un beau terrain au bord d’un lac. C’est ainsi que je vis à nouveau au bord d’un lac.

Alors c’est clair : le lac est ton chez-toi.
Oui ! Aujourd’hui encore, chaque fois que j’arrive près d’un lac, je prends un instant pour m’arrêter. Les lacs me donnent un sentiment de stabilité. Je suis attiré par le regard porté vers l’horizon – qui n’est certes pas infini, mais étendu.

Comment es-tu venu au Vietnam ?
C’est une histoire un peu longue. J’ai travaillé durant 20 ans à mi-temps dans la communication pour le contrôle alimentaire et l’office vétérinaire de Saint-Gall. L’autre moitié de mon temps de travail était consacrée à ma propre entreprise, TEXTartelier. Parallèlement, je participais à des courses de VTT. Un jour, tout cela est devenu trop lourd pour moi – un burn-out menaçait. Heureusement, j’ai demandé de l’aide à temps. Mon thérapeute m’a conseillé une pause prolongée, que le canton de Saint-Gall m’a permis de prendre. J’ai profité de cette pause pour faire du vélo, plus tranquillement. En regardant la carte, j’ai découvert le Vietnam que je ne connaissais pas auparavant. J’ai alors planifié un voyage à vélo du nord au sud du pays. Après environ six semaines, je suis arrivé à Nha Trang et j’ai décidé : je veux vivre au Vietnam. Le climat et la joie de vivre des habitants m’ont conquis. La vie ici est plus simple et sans doute plus joyeuse qu’en Suisse.

Depuis un hôtel à Saigon, j’ai commencé à organiser mon expatriation. Cela s’est avéré faisable. Pendant cette période, j’ai rencontré ma femme. Je suis ensuite retourné pendant un an en Suisse pour faire mes adieux et préparer mon déménagement.

Entre-temps, on m’a diagnostiqué un cancer de la langue. J’ai dû subir une opération et des radiothérapies. J’ai dit aux médecins : « Faites ce que vous voulez, mais à la fin de l’année, je pars pour le Vietnam. » Un de mes médecins, un gros fumeur à la barbe impressionnante, m’a demandé ce que je comptais manger là-bas, vu mes capacités limitées. Ma réponse : « Manger de la bière et boire du vin ! » Cela l’a convaincu. Aujourd’hui, je me débrouille bien. Le système médical est de bonne qualité – malheureusement seulement pour ceux qui peuvent se le permettre.

Y a-t-il d’autres choses qui te fascinent particulièrement au Vietnam ? De même que des sujets qui te préoccupent ? Comment décrirais-tu ce pays à un Suisse qui ne l’a jamais vu ?
À quelques exceptions près – comme certaines démarches administratives –, la vie au Vietnam est vraiment beaucoup plus décontractée et simple. En général, les gens sont très ouverts, joyeux et serviables. En Suisse, on n’a pas l’habitude que des inconnus vous abordent, alors qu’au Vietnam c’est courant. J’apprécie aussi beaucoup le fait qu’on n’ait pas à craindre de se faire voler son téléphone ou son portefeuille. Par contre, il faut être vigilant quand on pose une question : au lieu d’un « je ne sais pas », on peut recevoir une fausse réponse, car les gens admettent difficilement ne pas savoir. Ils apprécient la vie tranquille, mais sont très travailleurs. Personne ne se demande si c’est samedi ou dimanche. Mais ils prennent aussi volontiers le temps de se retrouver joyeusement, surtout à la campagne. Contrairement à la Suisse, on est rarement seul. Cela va de pair avec la cohabitation intergénérationnelle dans une même maison, qui est courante – et souvent nécessaire, voire vitale. Beaucoup de personnes âgées dépendent du soutien de leurs enfants. Il y a peu de maisons de retraite et les rentes de vieillesse sont très faibles – quand elles existent. On croise des personnes plus aisées surtout en ville, dans des hôtels chics par exemple. Elles peuvent paraître parfois ostentatoires, souvent ce sont des nouveaux riches.

Ce qui me préoccupe, c’est la pauvreté. Pour quelqu’un qui vit comme moi, elle est très palpable.

Tu t’engages activement dans ce domaine. Comment est né le Charity Project Krong Buk ?
Le matin, quand je sortais de chez moi en moto, par exemple pour aller prendre un café, j’étais souvent de mauvaise humeur. Puis j’ai pu entrer en contact avec le peuple Ede, une minorité qui vit dans mon quartier, généralement dans des maisons longues composées d’une seule pièce, souvent situées dans des zones boueuses et marécageuses. Des enfants sales et joyeux me croisaient fréquemment en riant. Leur joie était contagieuse ! Je me demandais : pourquoi sont-ils si heureux ? Et pourquoi suis-je, moi Peter Jenni, si grognon ? Le désir d’aider ces enfants s’est fait fort en moi.

Ma femme s’est renseignée auprès de la commune sur les besoins des enfants Ede. Il s’est avéré que les familles manquaient souvent d’argent pour le matériel scolaire – livres, ustensiles d’écriture, sacs à dos – qu’elles devaient financer elles-mêmes, y compris l’uniforme scolaire. Les enfants dont la famille ne peut payer l’uniforme sont exclus de certaines activités scolaires. Par ailleurs, le système scolaire vietnamien repose aussi sur des cours de soutien que les enseignants donnent pour compléter leur salaire très bas, cours payés par les parents. Ma femme a donc commencé à dialoguer avec les écoles. Nous avons financé entre autres des sacs à dos et des manuels scolaires.

Rapidement, il est apparu nécessaire de structurer cette aide. J’ai alors décidé de créer une association à but non lucratif à Appenzell, en Suisse, en ayant aussi recours à mes contacts dans le pays.

Qu’est-il arrivé ensuite ?
Les premiers dons sont vite arrivés, ainsi que de plus en plus de demandes d’aide. Depuis, nous soutenons les personnes dans le besoin dans notre région de Đắk Lắk. Nous ne donnons jamais d’argent, mais toujours des aides en nature – en collaboration avec la commune, les écoles, l’union des femmes ou l’organisation pour la jeunesse du Parti communiste vietnamien. Sans ces partenaires, nous ne pourrions pas fournir une aide efficace. Nous ne pourrions pas non plus mener toutes les investigations et vérifications nécessaires.

Comment vous assurez-vous vous-mêmes de l’efficacité de votre aide ?
Nous évaluons aussi nous-mêmes si notre aide est appropriée. Par exemple, certaines familles touchées par l’Agent Orange qui font appel à nous reçoivent déjà suffisamment d’aide provenant d’autres sources ; dans ce cas, nous leur opposons un refus au profit d’autres personnes qui ont plus besoin de nous. Ce qui fonctionne bien aussi, c’est l’aide à l’autonomie : par exemple, nous mettons à disposition une vache dont nous sommes propriétaires et recevons en échange une part des produits obtenus. Nous prenons aussi en charge certains coûts, comme les examens et traitements vétérinaires. Ce modèle existe depuis un an et les premiers versements arrivent. Plutôt que de recevoir seulement de l’aide, les bénéficiaires deviennent ainsi des partenaires actifs. Ils contribuent eux-mêmes à l’amélioration de leur situation et prennent leurs responsabilités.

Comment est née la collaboration avec GCCH, qui dure depuis environ deux ans ?
Lors de la création de l’association, je cherchais des membres pour le comité. Mon cher ami, le pasteur et collaborateur de GCCH Jakob Vetsch, m’est alors venu à l’esprit. J’ai été alors le premier journaliste à écrire, il y a environ 30 ans, sur son service de conseil en ligne. Par ailleurs, Roland Wiederkehr, le fondateur de GCCH, a été mon instituteur à l’école primaire d’Uitikon-Waldegg. J’ai toujours suivi son travail, même si nous avions perdu contact après l’école. Bien sûr, la problématique de l’Agent Orange me lie aussi à l’engagement de GCCH. C’est grâce à cette coopération que j’ai pris conscience de la force de votre engagement, durable et efficace. C’est formidable de pouvoir accomplir beaucoup avec relativement peu de dons : par exemple, 300 francs suisses suffisent pour financer une place en accueil de jour durant toute une année pour un enfant gravement touché par l’Agent Orange. De plus, cela permet aux proches de travailler et de sortir leur famille de la pauvreté.

Tu as déjà évoqué ta motivation pour cet engagement, peux-tu la développer un peu plus ?
Environ 50 % du peuple Ede est analphabète. Selon moi, le premier pas essentiel hors de la pauvreté est l’éducation. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur l’école, comme levier d’une aide durable. De petites aides – comme une calculatrice à 8 francs que la famille ne peut pas s’offrir – peuvent faire une grande différence. L’éducation permet aux jeunes de sortir les membres de leur famille d’une pauvreté extrême. Par exemple, certain·e·s trouvent un emploi en ville et peuvent ainsi subvenir aux besoins de leur famille. C’est pour moi une motivation essentielle.

Tout récemment, nous avons à nouveau distribué des sacs à dos scolaires dans une école – la joie était immense et m’a profondément touché. Ces enfants sont heureux de pouvoir aller à l’école, tout simplement. Ils sont profondément reconnaissants pour des choses qui nous semblent, à nous, tout à fait évidentes.

Y a-t-il d’autres projets couronnés de succès dont tu voudrais souligner l’efficacité ?
Oui, en plus de l’exemple déjà mentionné de la collaboration avec les écoles, je pense notamment à la livraison de repas pour des personnes en grande détresse, que nous pouvons organiser grâce à GCCH. J’aimerais illustrer cela à travers l’exemple d’une femme dans les quatre-vingts ans. Sa fille, âgée d’une quarantaine d’années, a été gravement atteinte par l’Agent Orange et nécessite des soins et une assistance constants. Elle ne peut que rester couchée, soit sur un lit, soit à même le sol. La première fois que je l’ai vue, elle ne faisait que crier. C’était très dur à supporter. Et pourtant, on m’a dit ensuite qu’elle s’était énormément réjouie de ma visite.
Il n’est pas possible de placer cette femme dans un centre spécialisé. Sa mère, donc dans les quatre-vingts ans, doit à la fois travailler et s’occuper de sa fille. Avec seulement 40 francs suisses, nous pouvons leur fournir les denrées alimentaires essentielles pendant un mois entier – un petit investissement qui fait une énorme différence.
Il est également très précieux que nous puissions identifier les personnes affectées par l’Agent Orange et organiser pour elles des examens médicaux et une aide adaptée. Dans ce domaine, nous collaborons efficacement avec GCCH, mais aussi, par exemple, avec la DAVA (« Da Nang Association for Victims of Agent Orange »).

Y a-t-il une expérience particulièrement marquante pour toi sur le plan émotionnel ?
De manière générale, les rencontres avec des personnes lourdement handicapées me touchent profondément. Cela va droit au cœur. C’est parfois à peine supportable. Mais cela donne aussi beaucoup : ne pas rester impuissant, mais pouvoir contribuer activement à l’amélioration de leur situation. Ce qui me touche particulièrement, c’est la gaîté et la gratitude immenses dont ces personnes font preuve, comme je l’ai déjà décrit. La joie des personnes gravement handicapées est parfois difficile à comprendre pour nous. Mais les proches qui les connaissent bien m’assurent : oui, elles se réjouissent réellement.

Et quel a été jusqu’à présent le plus grand défi ?
Le plus important est de réussir à collecter suffisamment de dons pour financer les projets. À part cela, nous maîtrisons bien le travail sur le terrain. Mon épouse est responsable des achats de biens humanitaires, moi de la collecte de fonds. Pour ce qui est de l’évaluation et de la mise en œuvre des projets, nous nous en occupons ensemble.
Un problème qui mériterait d’être davantage pris en compte est celui des déchets sauvages (le littering), qui représente un grand défi au Vietnam. Là aussi, on pourrait agir au niveau de l’éducation, en renforçant la conscience environnementale des populations – en particulier chez les enfants et les jeunes.

Quels sont tes souhaits pour l’avenir ?
Tout d’abord, je tiens à remercier GCCH. Cette collaboration est précieuse pour moi à deux niveaux : d’une part, elle me permet de garder un lien fort avec ma deuxième patrie, la Suisse. D’autre part, le travail de GCCH fait une vraie différence pour les personnes concernées.
Ce que je souhaite, c’est que ce travail puisse se poursuivre durablement. Et que nous puissions continuer à nous soutenir mutuellement.

Nous ne pouvons que te retourner ces remerciements du fond du cœur. Pour nous, il est essentiel d’avoir des partenaires sur place qui partagent nos valeurs et en qui nous pouvons avoir pleinement confiance.
Je suis tout à fait d’accord – et je me réjouis de notre future collaboration !

Nous aussi, cher Peter – un grand merci pour cet entretien !

21.03.2025

Un engagement urgent à Quang Tri

Un engagement urgent à Quang Tri

La province de Quang Tri est l’une des régions du Vietnam les plus durement touchées par les conséquences à long terme de la guerre du Vietnam. Green Cross Switzerland (GCCH) tient à attirer l’attention sur ces effets persistants, les efforts pour y remédier étant restés insuffisants jusqu’à présent. C’est précisément pour cette raison que GCCH est engagée au Vietnam depuis 1998.

Par ailleurs, la situation régresse : le nouveau gouvernement américain a mis un terme à des opérations cruciales de décontamination dans les zones gravement affectées par l’agent orange et les munitions non explosées. Cette décision va à l’encontre de la responsabilité historique des États-Unis. Il est à noter que ceux-ci n’ont, à ce jour, jamais apporté d’aide au développement classique aux populations touchées par l’agent orange, se limitant à des actions de réparation des dommages causés.

Dans les années 1960 et au début des années 1970, l’armée de l’air américaine a massivement bombardé le Vietnam. On estime que deux millions (!) de bombes larguées à l’époque reposent encore dans le sol, constituant une menace permanente pour la vie et l’intégrité physique des habitants. Depuis la fin de la guerre en 1975, ces engins ont fait environ 100 000 victimes.

Par ailleurs, l’agent orange, une arme chimique redoutable, a été utilisé à grande échelle à l’époque. Aujourd’hui encore, il continue de provoquer la naissance, chaque année, d’innombrables enfants atteints de lourds handicaps physiques et mentaux.

La province de Quang Tri figure parmi les zones les plus affectées par ces conséquences à long terme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : bien que cette province ne représente qu’un peu plus de 1 % de la superficie du pays et compte moins de 1 % de sa population, elle concentre près de 10 % des victimes des munitions non explosées au Vietnam.

Face à cette situation, l’implication de GCCH était une évidence. Depuis l’année dernière, nous collaborons avec l’organisation ACDC, qui apporte une assistance essentielle aux personnes handicapées nécessiteuses de la province. Cette organisation joue un rôle crucial en matière de soutien social et psychologique, de rééducation, d’assistance orthopédique et d’aménagement du logement (pour en savoir plus, cliquez ici).

Pour nous, une chose est claire : il est indispensable de poursuivre et d’intensifier ces efforts, en particulier dans le contexte actuel, afin de venir en aide aux victimes de l’agent orange et des autres séquelles persistantes de la guerre du Vietnam.

Informations complémentaires :

Article de People’s World

Site Internet de notre organisation partenaire ACDC

21.03.2025

L’héritage toxique de la guerre du Vietnam

L’héritage toxique de la guerre du Vietnam

Un exemple édifiant : c’est ce que représente la guerre du Vietnam pour notre époque actuelle, marquée par les crises et les conflits. Son histoire illustre les ravages durables des guerres et la manière dont la souffrance perdure bien au-delà de la fin des hostilités, se répercutant sur plusieurs générations.

Le 30 avril de cette année marquera le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre du Vietnam. Les conséquences multiples de ce conflit pour la population vietnamienne restent dramatiques, malgré le demi-siècle écoulé. Les séquelles sociales et psychologiques de la guerre sont encore profondément ancrées. D’innombrables mines et bombes non explosées jonchent toujours le sol, obligeant des milliers de personnes à vivre dans la peur. Cinquante ans plus tard, ces vestiges de la guerre continuent de blesser, mutiler et tuer. Mais un autre héritage tragique persiste : l’utilisation du défoliant surnommé « agent orange » par l’armée de l’air américaine et les alliés des États-Unis entre 1965 et 1970 a eu des conséquences désastreuses qui perdurent encore aujourd’hui.

Des enfants continuent de naître avec de graves handicaps physiques et mentaux liés à l’agent orange. Déjà, la quatrième génération est touchée, et le phénomène ne montre aucun signe d’essoufflement. Malheureusement, les efforts pour venir en aide aux victimes restent largement insuffisants. C’est précisément là qu’intervient Green Cross Switzerland (GCCH), engagée au Vietnam depuis 1998. L’une de nos missions essentielles est de fournir régulièrement des équipements orthopédiques aux personnes affectées par l’agent orange. Pour de nombreuses personnes, ces prothèses et orthèses sont indispensables pour gagner en autonomie et s’intégrer dans la société. Pourtant, elles demeurent inaccessibles pour la plupart des victimes, car leur coût élevé n’est pas pris en charge par l’assurance maladie.

Cette année, GCCH élargit non seulement ses projets d’aide au Vietnam par rapport à l’année précédente : l’impact de ses actions est également mis en lumière par la télévision suisse. Un reportage de l’émission « mitenand » sur SRF 1, diffusé le dimanche 23 mars à 19h15 (désormais disponible ici, en allemand), témoigne de l’impact éminemment positif des prothèses financées par GCCH. Il raconte l’histoire de Quyet, un garçon vietnamien de 9 ans dont la vie a été fondamentalement améliorée grâce à cette aide précieuse. L’histoire de Quyet illustre parfaitement ce que nous avons déjà accompli – et ce que nous continuerons à réaliser – pour des milliers de personnes, grâce au précieux soutien de nos partenaires et à la générosité de nos donateurs et donatrices.

En outre, GCCH participe à l’exposition « Une guerre sans fin. L’héritage toxique de la guerre du Vietnam – 50 ans après » :

Les personnes intéressées sont cordialement invitées à participer au vernissage le 17 avril à 18h. Ce sera l’occasion d’échanger avec des représentantes et représentants de Green Cross, de découvrir l’exposition avec nous et bien sûr d’en apprendre davantage sur notre engagement au Vietnam. Nous nous réjouissons de vous y rencontrer !

Les photos présentées dans l’exposition ont été réalisées par le photographe primé Roland Schmid. Il travaille depuis de nombreuses années avec notre partenaire, le journaliste indépendant, également photographe et cinéaste, Peter Jaeggi. Peter Jaeggi est notamment l’auteur du livre informatif et émouvant « Krieg ohne Ende. Chemiewaffen im Vietnamkrieg, Agent Orange und andere Kriegsverbrechen » (Guerre sans fin. Les armes chimiques dans la guerre du Vietnam, l’agent orange et autres crimes de guerre). Nous vous recommandons vivement la lecture de ce livre. Vous en apprendrez plus ici (article disponible en allemand et anglais uniquement).

Liens complémentaires :

La photo de cet article a été prise par Roland Schmid.

20.03.2025

Au Vietnam depuis 22 ans aux côtés des victimes de «l’agent orange»

L’équipe de GCCH a rencontré le Dr Daniel Hueskes et son fils Benjamin Hueskes. L’occasion pour les deux orthopédistes de nous parler de leur travail bénévole: la fourniture d’appareillages orthopédiques et la réalisation d’interventions chirurgicales sur des enfants et des jeunes adultes souffrant de handicaps.

Avant son premier voyage au Vietnam en 2003, Daniel Hueskes posa la question suivante à son fils: «Benjamin, qu’en penses-tu? Est-ce que c’est la bonne décision?» Son fils lui répondit alors ceci: «Oui, il te faudra juste renoncer à tes vacances.» C’est ainsi qu’il débuta sa coopération avec Green Cross Suisse il y a 22 ans.

L’une des priorités des projets d’orthopédie est qu’ils doivent avoir un impact durable. Fort de son expérience dans un autre projet, dans le cadre duquel il avait équipé 30 enfants d’orthèses puis, lors d’un contrôle de suivi, avait hélas dû constater que plus aucun des appareillages n’était présent sur leurs jambes, Daniel Hueskes se dit en 2003:

«Non, plus jamais ça! J’aimerais impliquer les (chirurgiens) orthopédistes locaux, et que le suivi médical soit réalisé avec des matériaux que l’on peut trouver au Vietnam. À défaut de pouvoir utiliser des matériaux de pointe, il faut encourager l’aide à l’entraide.»

Chez les enfants, dont la croissance est rapide, il est important que les orthèses et les prothèses puissent être renouvelées au bout d’un an. «Dès lors que la personne qui a confectionné la prothèse se trouve sur place, elle peut l’adapter en conséquence et fabriquer un nouveau plâtre», indique Daniel Hueskes.

Et Benjamin Hueskes d’ajouter: «L’idée est la suivante: former les gens au Vietnam pour qu’ils puissent réaliser le suivi médical eux-mêmes, y compris en notre absence. Cela a déjà été fait par le passé. Nous fournissons tout simplement un soutien ou conduisons des formations. Nous n’emmenons rien qui vienne de Suisse. L’idée n’est pas que les locaux nous demandent de fabriquer des plâtres et que nous les leur fournissions. Non, nous les confectionnons ensemble, sur place. Nous les aidons et nous les conseillons, mais ils sont parfaitement capables de faire cela eux-mêmes.»

Pour l’essentiel, les orthèses et prothèses nécessaires sont produites au Vietnam. Un point qui a son importance, car il faut tenir compte de plusieurs facteurs, dont par exemple l’humidité relative de l’air. Dans des cas exceptionnels, les orthopédistes vont au Vietnam en emportant du matériel depuis Bâle. Actuellement, ils préparent le suivi médical d’une jeune femme. Celle-ci n’a pas de tibia et ses os sont anormalement courts. Sans prothèse, elle marche sur son articulation. Pendant la pandémie, elle a été équipée de prothèses qui, néanmoins, pèsent 3,5 kg. Elle vient d’obtenir son premier emploi et se réjouit de pouvoir mener une vie autonome. Au travail, elle doit néanmoins porter ses lourdes prothèses en permanence. Raison pour laquelle deux éléments d’adaptation pour pied prothétique viennent de Suisse. Des éléments qui pèsent au moins 1,5 kg de moins, ce qui facilitera quelque peu le quotidien de la jeune femme.

«Je voulais savoir s’il voulait vivre»

Dans le cadre de leur bénévolat, Daniel et Benjamin Hueskes ont fait la connaissance de nombreuses personnes frappées par le destin. Nous leur avons demandé si, parmi les gens qu’ils avaient rencontrés au Vietnam jusqu’à aujourd’hui, il y avait une histoire qui leur était particulièrement restée en mémoire. «Oui», a répondu le Dr Hueskes avec émotion.

C’est quoi, l' »agent orange »?

L’agent orange est un défoliant chimique contenant de la dioxine (TCDD), un composant extrêmement toxique. Il doit son nom aux bandes de couleur orange peintes sur les fûts dans lesquels il était stocké. Au total, l’armée de l’air américaine en a épandu 45 677 837 litres entre 1962 et 1971, afin de détruire la jungle et de se donner un avantage stratégique dans la guerre du Vietnam. L’agent toxique TCDD perdure très longtemps dans l’environnement, et il est encore présent aujourd’hui dans les sols, les cours d’eau et, par conséquent, la chaîne alimentaire. Ce poison entraîne des mutations génétiques héréditaires, des malformations et de graves maladies.

Dr. Daniel Hueskes

Dès les années 1960, à l’époque des malformations dues au Contergan, Daniel Hueskes développe et fabrique des équipements orthopédiques innovants pour les enfants nés avec des membres atrophiés ou manquants.

La prise de Contergan, un médicament somnifère et sédatif, entraîne une recrudescence des malformations graves et de membres manquants chez les nouveau-nés.